Chronique d’un allaitement ordinaire: Des débuts difficiles

Allaiter était loin d’être une évidence pour moi. Au début de ma grossesse, j’étais même sûre de moi, je choisirais le biberon, pour plein de raisons: la possibilité de passer le relais au papa,  un peu de pudeur aussi, je ne me voyais pas déballer mes seins en public à tout bout de champ. Et puis aussi parce que dans ma famille la norme c’est plutôt le biberon, peu de mères de mon entourage ont choisi d’allaiter.

Mais je n’étais pas très à l’aise avec cette décision. Un peu de culpabilité face aux discours moralisateurs des pro-allaitement sans doute, mais peut-être aussi une petite angoisse au fond de moi, la peur de passer à côté de quelque chose. C’est finalement une phrase dans un guide pour futures mamans qui a fini par me convaincre « On peut passer du sein au biberon mais pas l’inverse ». J’ai alors vu ça comme une expérience : si l’allaitement se passait mal, je pourrais toujours me rabattre sur le biberon, sans regrets  (innocente nullipare que j’étais).

Dans la salle de naissance, la sage-femme m’aide à mettre ma fille au sein. Tout se passe bien, elle tête sans problèmes, l’allaitement c’est merveilleux. La puéricultrice  me refile une petite brochure du conseil général sur l’allaitement, deux échantillons de crème et basta. Tout me paraît si simple.

Trois jours plus tard, je suis une loque. Totalement épuisée par un bébé qui réclame le sein sans interruption, j’enchaîne les nuits blanches. J’ai beau me tartiner de crème, les crevasses ont fait leurs apparitions et me font beaucoup souffrir, le lait qu’avale ma fille a la couleur de mon sang . La montée de lait est un calvaire : j’ai les seins de Lolo Ferrari, énormes et affreux,  je ne supporte pas le moindre effleurement. Les tétées deviennent un enfer et j’ai le moral au fond des chaussettes. Après trois jours de grande solitude, une ou deux sage-femmes tentent bien de m’aider mais leurs conseils ne sont pas très efficaces, je tente notamment les bouts de sein en silicone mais ma fille ne parvient pas à téter avec ces accessoires un peu encombrants.

Au bout du 4ème jour ma fille a perdu 10% de son poids de naissance, la limite acceptable. Non seulement je souffre le martyr mais mon bébé est en train de mourir de faim. Je ne sais plus pourquoi j’ai choisi d’allaiter, mais bizarrement je m’acharne, moi pour qui l’allaitement n’était pas un premier choix, je veux y arriver à tout prix, cela devient un défi.  Visite de sortie avec la pédiatre. Elle est assez désagréable, me sermonne, je suis au bord des larmes (merci la chute d’hormones) mais elle corrige ma position d’allaitement, me donne quelques conseils alors j’écoute en serrant les dents. Elle nous laisse sortir à condition que nous nous rendions à la PMI une semaine plus tard pour vérifier le poids de Ma Chouette.

Une fois rentrée chez moi je mets en application les conseils de la pédiatre (la position surtout, beaucoup plus importante que je ne le pensais). Les résultats ne sont pas immédiats et je continue à dire quotidiennement à Monsieur DQVB que je n’en peux plus, que je vais abandonner l’allaitement. Je tiens jusqu’au rendez-vous à la PMI  : le résultat est spectaculaire, Ma Chouette a pris beaucoup de poids. Me voilà rassurée au moins sur ce point alors je continue. Petit à petit les crevasses s’atténuent (je découvre les pansements  occlusifs au lait maternel chez La mère bordel),  ma fille adopte un rythme plus raisonnable et continue à bien grossir. Au bout d’un mois je commence enfin à apprécier ces moments en tête-à-tête avec ma fille.

Nous en sommes maintenant à plus de 4 mois d’allaitement exclusif et je n’en suis pas peu fière compte-tenu de ces débuts chaotiques! L’allaitement n’a pas été un long fleuve tranquille loin de là, mais quand au milieu de la nuit ma fille se niche contre mon sein, je suis contente d’avoir fait ce choix. Je conseillerais aux futures mamans qui souhaitent allaiter de bien se préparer, n’hésitez pas à prendre contact avec une conseillère en lactation avant l’accouchement (si vous habitez du côté de Rennes je peux vous transmettre par mail les coordonnées d’une sage-femme ). On nous laisse penser que l’allaitement est un acte évident, naturel et facile mais ce n’est pas toujours le cas, et  c’est vraiment dommage que de nombreuses femmes soient obligées de renoncer par manque d’informations… On nous serine que l’allaitement est la meilleure chose qui soit pour le bébé, on culpabilise celles qui choisissent de donner le biberon, mais c’est affligeant de constater à quel point le personnel de certaines maternités peut être mal formé sur ce sujet!

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